A Crémieu la Mairie autorise qu’on rase des murs en pierres ?

[NOV 2017]

MURS rases cremieu.jpg

LETTRE OUVERTE DU 31/10/2017 - voir le SUIVI au 15/01/2018 !! (en dessous)


LETTRE OUVERTE
Crémieu le 31/10/2017
 
Monsieur le Maire,
 
Nous tenons à manifester notre indignation suite à l’arasage de plusieurs dizaines de mètres de murs en pierres, écroulés  mais néanmoins remarquables, le long de la RD 65 en entrée nord de Crémieu. 
Ces murs de clôture en pierres, qui constituent l’identité du paysage crémolan, longent un terrain communal et sont donc propriété de la ville. Ils étaient dans un état déplorable, à tel point qu’ils gênaient les services du Conseil Départemental dans leur travail d’entretien des bords de route.
 
Le 19/09, nous avons donc pu assister au désolant spectacle d’une pelleteuse du Conseil Départemental  rasant purement et simplement les portions écroulées et évacuant l’intégralité des pierres, puis ressemer de l’herbe sur les parties nouvellement dégagées.  Le conducteur d’engin (ou responsable des travaux) expliqua aux riverains que ces murs écroulés gênaient le passage de la faucheuse, qui projetait des pierres sur la chaussée ce qui aurait même provoqué un accident ; que l’autorisation de raser avait été demandée à la Mairie, qui l’avait accordée. 
Interpellée par un citoyen sur la page Facebook "Crémieu Page Officielle" la Mairie a fourni plusieurs explications assez confuses (voir en PJ), d’où il ressort finalement que les murs auraient été rasés pour des raisons de sécurité, « en accord avec les services municipaux ». Les conditions de l’accident cité ne sont pas totalement pas totalement claires ;  nous, pensons que  si ces murs avaient été correctement entretenus comme ils devraient l’être dans une cité médiévale en Zone de Protection du Patrimoine depuis des années (et en cours de finalisation de l’AVAP), il n’y aurait eu aucun problème de sécurité.
 
Nous sommes étonnés : visiblement aucun dossier de Demande Préalable n’a été déposé en mairie, ainsi que l’exige le règlement d'urbanisme local.  Est-ce que l’Architecte des Bâtiments de France,  le service municipal et la commission d’urbanisme ont été consultés pour cette décision? Nous savons que l'entretien de ce patrimoine crémolan énorme constitue une charge financière, pour autant sa destruction sans autre forme de procès n'est pas acceptable. Et  accessoirement nous trouvons que l'argent consacré à la découverte du ruisseau vers la porte de la Loi  (85 000 € ) aurait été plus judicieusement utilisé à la restauration des murs.
 
Nous sommes affectés de constater qu’à Crémieu, une ville où l’on se targue d’avoir mis en place une des premières ZPPAUP de France,  où l’on tracasse les Crémolans avec  des dossiers d’autorisation préalables pour la moindre modification d’aspect du bâti et des clôtures, des personnes de la municipalité se permettent d’autoriser des travaux impactants pour le paysage sans le moindre respect de la règlementation d’urbanisme, sans le moindre respect du patrimoine commun ? (Règlement  ZPPAUP : «les murs existants en pierres doivent être impérativement conservés » - prescription règlementaire opposable aux tiers )
 
Nous nous étions déjà indignés pour les gradins béton du pré Minssieux construits sans autorisation,  qui sont hélas toujours en place pour une utilisation de deux jours par an. 
Aujourd’hui, comme beaucoup de Crémolans, nous sommes consternés de voir que nos élus laissent détruire nos paysages et  notre patrimoine.
 
Nous vous demandons instamment,  Monsieur le Maire, de faire reconstruire dans les plus brefs délais ces portions de murs qui nous appartenaient à tous.
 
Sincères salutations.
Les Amis des Citoyens Pour Crémieu

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SUIVI au 01/05/2018 :


 - Le département et la mairie ont répondu conjointement dans un courrier daté du 09/01/2018 en ces termes :

"Madame, Monsieur,
Nous avons pris connaissance avec attention de votre courriel en date du 31 octobre 2017 par lequel vous interpellez le Département de l'Isère et la commune de Crémieu sur les travaux réalisés en bordure de la route départementale (RD) 65.
Le Département de l'Isère a effectué des travaux de sécurisation sur la RD 65 visant à évacuer des pierres situées à proximité immédiate des voies de circulation. Ces pierres, enfouies sous la végétation, correspondent à d'anciens murs effondrés depuis de très nombreuses années et constituaient un obstacle dangereux en cas de sortie de route des véhicules, d'autant plus qu'elles ne sont pas visibles. En l'occurence, plusieurs accidents ont eu lieu dans ce type de configuration et la présence des pierres a été un facteur aggravant.

Le Département et la commune de Crémieu agissent vis à vis des murs remarquables identifiés dans l'Aire de mise en Valeur de l'Architecture (AVAP) dans le cadre d'une stratégie établie en son temps avec l'Architecte des Bâtiments de France.

Ainsi chaque année des portions de murs encore visibles mais dégradées sont confortées et réparées soit en totalité, soit à minima sur la partie inférieure qui fait office de soutenement de l'accotement routier.

Par ailleurs, des portions de murs totalement détruites sont sécurisées et béblayées (les pierres sont récupérées pour réutilisation), et un merlon est reconstitué qui conserve l'inplantation historique du mur. Ces sections ont vocation à être ultérieurement restaurées.

Nous vous prions d'agréer, Madame, Monsieur, l'expression de nos salutations distinguées.

Bernard Perazio
Vice-président chargé des routes, des reseaux d'eau, d'assainissement, et de l'électrification rurale.

Alain Moyne Bressand
Maire de Crémieu"


 - Le service de l'Architecte des Bâtiments de France a répondu le 3/11/2017 ne pas avoir été consulté dans le cadre de ces travaux. Il a également confirmé que ces murs sont situés dans le site patrimonial remarquable ; le reglement de l'ex-ZPPAUP indiquait que ces murs en pierre devaient être impérativement conservés ; le nouveau reglement de l'AVAP impose leur conservation et leur restauration.

 - en Février 2018 Mme la Procureure de la République de Bourgoin-Jallieu a chargé la gendarmerie locale de diligenter une enquête. Les investigations sont en cours, des témoins ont fait des dépositions.